De 2016 à 2019, le Projet Seconde Chance a transformé la prise en charge des personnes vivant avec un handicap psychosocial dans la Région du Nord du Burkina Faso. Porté par l’Association Sauvons Le Reste (SAULER) avec l’appui technique et financier de CBM (Christoffel Blindenmission), il a couvert les quatre provinces de la région — Loroum, Passoré, Yatenga, Zandoma — et permis à des centaines de personnes de retrouver dignité, soins et place dans leur communauté.
Un projet né d'un constat douloureux
Avant 2016, de nombreuses personnes souffrant de troubles mentaux vivaient en situation d’errance dans la Région du Nord. Exposées à la faim, à la violence, au rejet et à la stigmatisation, elles étaient privées de leurs droits les plus fondamentaux : se soigner, se nourrir, être reconnues comme membres d’une famille.
Pour répondre à cette réalité, SAULER et CBM ont conçu une approche globale combinant cinq dimensions :
- Accueil et hébergement
- Soins médicaux et accompagnement psychosocial
- Recherche familiale et médiation
- Sensibilisation communautaire
- Réinsertion sociale et économique
Un centre d'accueil construit en 2017, au cœur du dispositif
Le centre d’accueil et de transit a été construit à Ouahigouya en 2017, sur un terrain de 1,5 hectare octroyé par la Mairie. Il est devenu le point d’ancrage de toutes les activités du projet.
Le site comprend :
- Un dortoir pour les hommes et un dortoir pour les femmes
- Une cuisine collective
- Une salle de réunion et des bureaux administratifs
- Une infirmerie
- Un hall de repos
- Un jardin
- Un espace dédié aux activités de réhabilitation
C’est ici que les personnes identifiées dans la rue ou signalées par leur entourage étaient accueillies — selon les places disponibles et les critères d’admission — pour entamer un parcours de réhabilitation.
Le premier accueil : des gestes simples qui rendent la dignité
Le site comprend :
- Soins d'hygiène et toilette complète
- Vêtements propres
- Alimentation régulière
- Premier entretien médical et psychosocial
Ces gestes peuvent paraître modestes. Pour des personnes ayant parfois vécu plusieurs années dans la rue ou enchaînées chez elles, ils marquent le passage de l’oubli à la reconnaissance.
Une équipe pluridisciplinaire autour de chaque pensionnaire
Au cœur du projet, une équipe pluridisciplinaire travaillait main dans la main :
- Animateurs bénévoles de SAULER, présents 24h/24
- Travailleurs sociaux de la Direction Régionale de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille
- Infirmiers
- Spécialistes en santé mentale et psychiatres du CHUR de Ouahigouya
- Psychologues vacataires
- Partenaires institutionnels (DRS du Nord, CHUR, Mairie de Ouahigouya)
Les animateurs de SAULER assuraient la vie quotidienne du centre : réveil, toilette, repas communautaires, prise des médicaments, activités thérapeutiques, accompagnement vers les consultations au CHUR, et coucher selon un agenda concerté avec les autres intervenants.
Au-delà des soins : reconstruire les liens
Le Projet Seconde Chance ne se limitait pas à soigner. Il cherchait aussi à reconstruire les liens brisés entre les patients, leurs familles et leurs communautés.
Pour les personnes stabilisées, SAULER engageait des recherches familiales — souvent à partir de quelques bribes d’informations données par le patient lui-même. Une fois la famille identifiée, un travail de sensibilisation et parfois de médiation était mené pour préparer le retour.
Cette étape était cruciale. Car la maladie mentale reste entourée de préjugés au Burkina Faso comme ailleurs. La réinsertion durable dépend autant du suivi médical que de l’acceptation familiale et communautaire.
Changer le regard de la communauté
En parallèle de la prise en charge individuelle, le projet a déployé des actions communautaires pour lutter contre la stigmatisation :
- Théâtre-forum dans les villages
- Projections de films de sensibilisation
- Causeries communautaires
- Sessions d'éducation thérapeutique pour les familles
- Plaidoyer auprès des autorités locales et nationales
Ces actions ont contribué, au fil des quatre années, à changer progressivement le regard porté sur les personnes vivant avec un handicap psychosocial dans la Région du Nord.
La réinsertion socioprofessionnelle, étape finale du parcours
Pour les patients stabilisés dont l’état de santé le permettait, SAULER accompagnait aussi la réinsertion socioprofessionnelle. Selon les capacités et les choix de chaque personne, cela pouvait passer par :
- Des activités génératrices de revenus
- Du petit commerce
- Du jardinage et du maraîchage
- De l'embouche bovine ou ovine
- Une formation à un métier (mécanique, menuiserie, etc.)
- L'orientation vers un centre de formation professionnelle
L’objectif : permettre à chaque bénéficiaire d’atteindre l’autonomie économique, condition essentielle d’une réinsertion durable.
Ce que ces 4 ans nous ont appris
Le Projet Seconde Chance a démontré qu’une personne vivant avec un handicap psychosocial ne doit pas être condamnée à l’isolement. Avec des soins, de la patience, une équipe engagée et une communauté sensibilisée, il est possible :
- De restaurer une dignité
- De retrouver une famille
- De reprendre une place dans la société
- De reconstruire, jour après jour, une vie
Une expérience qui continue
Aujourd’hui encore, cette expérience reste un symbole fort de solidarité et d’humanité. À travers le Projet Seconde Chance, SAULER a offert bien plus qu’un accueil temporaire : l’association a donné à des centaines de personnes la possibilité d’être vues, soignées, accompagnées et reconnues.
Une véritable seconde chance.
Et maintenant ?
Le centre de Ouahigouya continue d’accueillir des bénéficiaires au-delà de la fin officielle du projet en 2019. Mais les besoins restent immenses : alimentation des pensionnaires, soins médicaux, équipements, projet d’incinérateur médical, installation solaire, accompagnement post-sortie. Votre soutien permet à cette seconde chance de continuer.
L'équipe SAULER
Association Sauvons Le Reste
Ouahigouya, Burkina Faso


